Quand la potiche prend les rênes
Dans la petite bourgeoisie de province des années soixante-dix, Suzanne Pujol flotte entre napperons amidonnés et sourires de façade. Épouse modèle, mère parfaite, rêveuse et transparente, elle incarne le bibelot idéal, celui qu’on pose sur une étagère et qu’on ne regarde plus. Jusqu’au jour où son mari Robert s’effondre. Alors la porcelaine se brise. Obligée de reprendre les rênes de l’usine familiale, Suzanne découvre qu’elle sait faire, et même qu’elle sait mieux faire. Les ouvriers l’écoutent, les chiffres de l’usine remontent, le mari revient et ne comprend rien à ce qui lui arrive. Ce qui suit est une mécanique comique parfaitement huilée, où chaque réplique avance en même temps que l’émancipation de son héroïne. On rit du décor, des costumes, des convenances, et l’on se rend compte en sortant qu’on a assisté à autre chose qu’à un simple vaudeville. Élégante, mordante, cette comédie à Perpignan a gardé intacte sa charge féroce sur ce qu’une société attend d’une femme, et sur ce qu’elle refuse de lui accorder.
Potiche en quelques repères
La pièce est signée Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, duo d’auteurs comiques parmi les plus joués du théâtre de boulevard français au XXe siècle. Elle a été créée en 1980 au Théâtre Antoine, à Paris, avec Jacqueline Maillan dans le rôle de Suzanne Pujol.
François Ozon en a tiré un film en 2010, sous le même titre, avec Catherine Deneuve reprenant le rôle créé par Jacqueline Maillan, aux côtés de Gérard Depardieu, Fabrice Luchini et Karin Viard.
La version présentée ici est mise en scène par Charles Templon et a été jouée à Paris au Théâtre Libre au début de l’année 2026. Clémentine Célarié y tient le rôle de Suzanne Pujol et Hugo Bardin celui de Paloma ; toutes deux ont été nommées aux Molières 2026 pour cette production.